Avant les permis, avant les grosses cylindrées, y’a eu les 50 deux temps. Plusieurs, scooters et motos. C’est là que tout s’est joué, sauf que ne le savais pas encore.
Ça a commencé par des 50
Parce qu’un 50, tu roules pas juste avec. Tu l’ouvres. Tu veux comprendre pourquoi il envoie moins bien que celui du pote, ce que change une transmission, à quoi sert vraiment un pot. Tu démontes, tu remontes, tu te plantes, tu refais. C’est une école, et elle est sévère : sur un deux temps, le moindre réglage foireux te coûte un moteur.
J’ai jamais arrêté depuis.
Le stunt, ou comment casser pour apprendre
J’ai fait du stunt. En 50 d’abord, puis en XJ 600, et un peu en CBR 600 FS.
Deux trucs à préciser, parce qu’ils comptent. Le premier : uniquement sur parkings fermés, jamais sur la route. Le second : c’était pas de la frime, c’était une vraie passion. Tu répètes le même exercice pendant des heures, tu cherches le point d’équilibre, tu recommences cinquante fois, et tu rentres en te disant que tu comprendras peut-être demain.
Côté mécanique, c’est le meilleur prof que j’aie eu. Parce que tu casses. Embrayage, transmission, frein arrière, fourche : tout ce qui travaille en dehors de son usage normal finit par lâcher, et tu l’entends venir avant que ça pète. T’apprends à écouter, à anticiper, à réparer vite et bien parce que tu veux rouler le week-end d’après.
Dix ans de boulot-maison t’apprendront jamais ce qu’une saison de parking t’apprend sur l’usure.
Le permis, le Bandit, le SV
Après le permis, un Bandit 600 S. Le choix de la raison, comme pour beaucoup à l’époque. Et je le regrette pas une seconde, parce que cette moto m’a montré à quel point un bloc simple et bien foutu peut te pardonner des trucs.
Je l’ai débridé. À l’époque c’était quasi systématique, tout le monde le faisait, je vais pas raconter l’inverse. Par contre je le conseille à personne aujourd’hui, et pas juste pour la légalité : un véhicule modifié non déclaré, c’est une assurance qui peut te lâcher pile au moment où t’en as besoin. Cette moto a un bridage mal foutu, avec le recul je prendrais autre chose plutôt que des risques qui peuvent coûter cher.
Après, le SV 650 S K1. Celui-là je l’ai gardé, et c’est sur lui que j’ai fait mes plus grosses interventions.
La fourche du SV, ou pourquoi il faut écouter sa moto
Une histoire qui résume assez bien ma façon de bosser.
Le SV plongeait plus d’un côté que de l’autre au freinage. Rien de spectaculaire, mais un truc tournait pas rond. J’avais un doute, sans certitude.
J’ai démonté pour changer les spis, une intervention d’entretien classique. Et là, confirmation : tube de fourche tordu.
Ce qui m’intéresse là-dedans, c’est pas la réparation (surtout que changer des spis c’est pas passionnant…). C’est le symptôme. Il était lisible pour qui prend le temps de le lire, et il annonçait exactement ce que j’ai trouvé. Beaucoup auraient changé les spis, remonté propre, et roulé des années avec une fourche voilée sans jamais faire le lien.
Une moto te parle. Faut juste accepter d’entendre ce qu’elle dit, même quand ça va coûter cher.
Deux ans chez Suzuki, et ce que j’y ai vu
Entre 2006 et 2008, j’étais magasinier-vendeur chez un concessionnaire Suzuki. En contact direct avec les clients et avec l’atelier, donc pile à l’endroit où tu vois tout.
Le timing était marrant. Le SV 650 venait juste de passer à l’injection, le Bandit 600 tournait encore, la GSF 650 injection venait de sortir. Les motos que tu trouves aujourd’hui à 2 000 € sur les annonces, je les ai vues neuves ou presque.
Trois trucs m’ont dégoûté, et ils expliquent en bonne partie pourquoi ce site existe.
Les marges sur les pièces. Exorbitantes. Pas « confortables », non : exorbitantes. Le même joint, la même plaquette, la même durite, vendus plus de 40 % au-dessus du prix réel. C’est brandé OEM donc c’est forcément plus cher et mieux que l’adaptable. C’est majoritairement vrai, mais ça ne vaut pas un tel écart de prix.
La mécanique lourde qui disparaît. L’atelier faisait de l’entretien de base, de plus en plus, et de la vraie mécanique de moins en moins. Une intervention longue et technique, c’est peu rentable à l’heure et ça bloque un poste. Du coup on remplace au lieu de réparer, et on décourage gentiment le client qui demande autre chose.
Le refus des vieilles motos. C’est le point qui m’a le plus fait halluciner. Certaines motos étaient refusées à l’entretien parce qu’elles étaient jugées trop vieilles pour l’image du magasin. En 2007, ça voulait dire une GS 500 de 95 ou un Bandit de 97. Parfois ces motos avaient pourtant été achetées neuves dans cette même concession… Du délire.
Je fais tout, et je le raconte
Depuis, je fais absolument tout sur mes véhicules. Entretien courant, mécanique moteur, partie-cycle, électricité. Pas par principe : parce que je sais ce que ça coûte de le faire faire, et parce que je sais qui va le faire.

Ça veut dire aussi les mauvaises surprises. Trois qui restent :
Le tube de fourche du SV, déjà raconté. La surprise annoncée par un symptôme.
Une cloche d’embrayage carrément soudée sur son axe, toujours sur le SV. Aucune méthode propre n’en est venue à bout. Il a fallu la meuler pour la sortir. Le genre de moment où tu comprends que tu remonteras pas la pièce d’origine, quoi qu’il arrive.
Un pignon de sortie de boîte impossible à desserrer sur la ZX-6R d’un pote. On a fini avec une rallonge de quatre mètres sur la clé pour faire levier. Quatre mètres. Il a cédé.
Oui effectivement, quand c’est le bourbier on me passe souvent un coup de fil.
Le Zéphyr, en ce moment même
En parallèle, je rénove une Kawasaki 550 Zéphyr sortie de grange.
L’ordre était clair dès le départ : mécanique d’abord, esthétique après. Une moto doit rouler avant d’être belle.
Je viens de finir la remise en état de la rampe de carbus. Quatre carbus de sortie de grange, ça veut dire cuves entartrées, gicleurs bouchés, membranes durcies, joints à refaire, et la synchro qui attend derrière.
Elle a démarré.
Aucun atelier fait ce boulot aujourd’hui sur un Zéphyr 550. Trop long, pas rentable, et la moto est trop vieille pour l’image d’une grande concession. On me l’a dit il y a vingt ans, c’est toujours vrai.
Là elle tourne. Elle est encore moche. C’est très bien comme ça.
Pourquoi ce site
Parce qu’entre le tarif atelier et la débrouille, y’a un espace énorme que personne documente sérieusement.
Parce qu’une moto de quinze ans bien entretenue vaut mieux qu’une moto de cinq ans négligée, et que ça se lit pas dans une annonce.
Parce que les intervalles d’entretien, les coûts réels, les défauts connus par génération, les pièges à l’achat, tout ça existe, éparpillé sur des forums, dans des manuels d’atelier, dans la tête de gens qui ont eu les mains dedans. Ça mérite d’être rassemblé et vérifié.
Et parce que les motos qu’on refusait à l’atelier en 2007 sont devenues les bonnes affaires de 2026.